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22.01.2012

Ébène, fils de l'Étalon Noir T1 - La promesse

Synopsis

Le premier tome, intitulé la promesse, nous présente Dina, une fillette de douze ans dont les parents décident de déménager pour des raisons financières, et qui se voit contrainte à son ô grand désespoir de se séparer de Redman, son cheval et compagnon de toujours. Le domaine, longtemps resté sans acquéreur, intéresse désormais le célèbre Alec Ramsay, maître du tout aussi célèbre Black, l'étalon noir. Mais Dina apprend bientôt que le nouveau propriétaire de Redman ne compte pas le garder, mais l'expédier en Caroline du Nord afin de servir de monture pour débutants dans un centre équestre. Révulsée par cette idée ô combien terrible, elle décide de partir en pleine nuit pour récupérer son cheval...

Avis

Ainsi Steven Farley décida-t-il de prendre la suite de son père (l'illustre Walter Farley, auteur de l'étalon noir, devenu par la suite une série) et d'écrire Ebène, fils de l'étalon noir...
La promesse constitue la énième preuve qu'il ne suffit pas d'être le fils d'untel pour se mettre à pondre des œuvres du même acabit. Steven Farley n'est de toute évidence pas un écrivain, contrairement à papa, et il s'est contenté de transcrire une rédaction d'un niveau de primaire faisant intervenir un protagoniste connu.
Et le livre est tout simplement d'une médiocrité consternante sur tous les points.
Commençons par le style littéraire, inexistant, ou plutôt minable, constitué de phrases simples mises à la suite. Les répétitions maladroites se multiplient. Les descriptions ne sont pas d'un niveau plus élevé, puisqu'elles annoncent simplement l'apparence physique du personnage, sans aucun dynamisme ni recherche de verbes plus variés que les auxiliaires. Un grand nombre de dialogues inutiles (et donc désagréables à cause de cette furieuse impression de
« remplissage ») parsèment le texte et le font gonfler, mais c'est du vent. Ne cherchez pas non plus ce fameux Ebène, il n'existe pas, du moins pas encore sous ce nom.
Il n'y a pas que les dialogues à contenir des inutilités. Plusieurs actions, au cours du roman, ont lieu alors qu'elles n'apportent strictement rien, sinon un texte un peu plus long. Ainsi en va-t-il de la rencontre avec Sylvie dans le car menant à Albritton : elle distrait Dina mais ne lui remonte pas le moral ni rien, et tout juste l'héroïne éprouve-t-elle un peu de regret à la quitter en descendant du véhicule. Un élève de sixième ferait certainement mieux.
Les personnages n'ont aucune étoffe, aucune personnalité, aucun caractère. Malgré la dépression pathétique qui imprègne la narration à l'idée que Dina doive se séparer de son foyer et de sa monture, globalement les protagonistes ne ressentent rien sinon quelques émotions qui sonnent bien artificiellement. Ils semblent en fait, globalement, ignorer le sens du mot « réaction », et cela jusqu'à la trahison : voir intervenir un Black aussi docile qu'un Napoléon ferait presque mal au cœur. Il en va de même pour tous les personnages, qui se ressemblent tous à l'exception de leur éventuelle localisation dans l'espace, tant leur absence de personnalité est flagrante.
Ajoutons à cela que Steven Farley ne connaît vraisemblablement rien aux chevaux. Les animaux restent sans réaction, leurs rares traces de comportement ne ressemblent pas du tout à celui des équidés, et l'absence de vocabulaire typiquement équin tend à prouver cette hypothèse. On relèvera notamment cette phrase merveilleuse à la page 73 : « J'ai envie de partager mon petit pain avec lui en regardant le lever du soleil, comme avant » (réplique de Dina en parlant de Redman) : soit la fille mange du pain sec, soit le cheval se tape des coliques régulièrement sans que cela n'inquiète personne...
L'intrigue, enfin. Linéaire, dépourvue du moindre rebondissement sinon psychologique, elle s'applique à ne rien retranscrire, dans la mesure où il ne se passe rien pendant plus de la moitié du roman. Ensuite, durant l'unique phase d'action de l'ouvrage, les coïncidences s'enchaînent, grosses comme des maisons – et affligeantes. N'est-il pas merveilleux, par exemple, de trouver refuge dans un container dans le but de s'abriter de la pluie (oui, moi aussi je vais me cacher dans les containers quand il pleut) et d'y trouver une liasse de billets d'une somme de six cents dollars, soit juste le montant nécessaire, juste au bon moment ? La fin, quant à elle, fait également appel à des retournements de situations faciles et franchement peu crédibles, puisque tous les problèmes trouvent leur résolution en même temps, alors qu'ils sont indépendants les uns des autres.
On relèvera également des symboles d'une subtilité à faire peur, comme l'histoire de cette broche en forme de fer à cheval (tiens donc) qui disparaît et réapparaît à mesure que la chance tourne ou sourit... Une philosophie de terminale... Et pour finir un roman globalement court, à la limite de la duperie. Certes, vous me direz, les romans de Walter Farley se réduisaient souvent à 180 pages. Mais dans son cas, il s'agissait de pages écrites avec une police petite et serrée, ce qui laissait quand même à son œuvre une certaine densité. Là où l'étalon noir proposait 34 lignes par page et une moyenne de 7-8 mots par ligne (éditions Hachette Jeunesse dans la Bibliothèque verte), Ebène fils de l'étalon noir ne propose que 25 lignes par page, avec une moyenne de 6-7 mots par ligne, faites le calcul. Ajoutons à cela les nombreuses inutilités et facilités du texte, et vous comprendrez qu'on a là davantage une rédaction commerciale de gamin qu'un roman digne de ce nom.
Dommage que certains fils à papa se croient obligés de massacrer l'ouvrage de leur prédécesseur dans un but purement commercial...
Exceptionnellement, pour vous permettre de comparer les qualités littéraires respectives de Farley père et fils, vous aurez droit à deux extraits de romans, constituant tous deux des incipits.

Note finale :
1/10