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18.09.2012

Au commencement il y avait Bob

Synopsis

Et si Dieu n’était pas ce vieux sage barbu que tout le monde imagine ? Comment réagiriez-vous si vous découvriez que votre destin est entre les mains d’un adolescent prénommé Bob, aux mœurs légères, égocentrique et à qui le sort du monde importe peu ? La mère de Bob a gagné la Terre lors d’une partie de poker réunissant plusieurs dieux, mais ne voulant pas s’en occuper, elle l’a confiée à son fils qui créé le monde en à peine six jours par manque de motivation. Et puis il rencontre Lucy, une humaine, dont il tombe follement amoureux. Et quand l’amour vient frapper à la porte de Bob, on peut être sûr que les catastrophes sur terre vont s’enchaîner…

Avis

Si Dieu a vraiment créé l'homme à son image, alors il devait être un sacré incompétent.

C'est apparemment à partir de cette idée bien connue que Meg Rosoff a imaginé que Dieu était Bob, un adolescent qui rassemble à lui seul les sept péchés capitaux (il fallait bien qu'ils viennent de quelque part), et qui a hérité du job suite à un pari de sa mère et parce que personne d'autre n'en voulait. Bob, qui a bâclé le travail en six jours et s'est reposé le septième, et a commis la plus grande bêtise imaginable : créer l'homme à son image, avant de s'en désintéresser peu ou prou ; seule exception : les humaines pour lesquelles il a régulièrement un faible, au grand désespoir désespoir de son entourage qui préférerait le voir s'intéresser à une déesse tout à fait normale. Son dernier coup de foudre, c'est Lucy, qui a émis le voeu de tomber amoureuse...

S'il fallait résumer ce livre en un mot, ce serait sans contester HUMOUR, car tout est humour dans ce livre. Et s'il fallait décrire cet humour en deux mots, ce seraietn sans hésitation "ironie" et "caricature", l'entièreté de l'ouvrage reposant sur ces deux termes.

Bien sûr, il y a ironie et caricature de la religion, l'auteur se servant des contradictions de cette dernière pour y accoller ses propres "explications", théories farfelues au résultat des plus drôlatiques et à ne surtout pas prendre au sérieux.

Mais il y a aussi ironie et caricature des personnages. Bob est une caricature d'adolescent, il est paresseux, grossier, obsédé par le sexe, il n'apprend pas de ses erreurs et passe vite d'une idée à une autre tout en croyant à sa propre grandeur. Pas la peine de chercher du réalisme ou de la psychologie chez ce personnage, il n'y en a pas. Comme tout le livre, Bob n'est pas un personnage à prendre au sérieux, et il en va de même pour chacun des autres protagonistes : sa mère, caricature de la maternelle indigne accro au jeu et à l'alcool ; Mister B, caricature du subordonné las de rattraper les bêtises de son employeur, et forcé de sans cesse le rappeler à l'ordre ; Lucy, caricature de la jeune fille un peu trop jolie mais pleine de bonne volonté, dans l'attente du grand amour et vaguement désespérée de ne l'avoir encore jamais connu. Et ainsi de suite, avec toute une panoplie de personnages tous plus surréalistes les uns que les autres.

Enfin, il y a aussi et caricature de l'intrigue. Meg Rosoff nous offre une parodie d'histoire d'amour, quelque chose de bâclé, expédié, ou les principaux intéressés se trompent mutuellement ou se trompent sur eux-mêmes. L'auteur exagère aussi le charme de Dieu, se moquant des illuminées et glissant ça et là quelques références à Zeus, autre célèbre coureur de jupons.

Vous l'avez compris, rien n'est sérieux dans cet ouvrage. Il ne faut donc surtout pas l'ouvrir en recherchant un message, ou une véritable "love story", ou encore des personnages attachants, réalistes et touchants, car ce n'est pas ce qu'offre cette histoire. Ici, tout est dérision et hyperbole. Vous n'allez vivre aucune émotion "véritable", mais pour peu que vous adhériez à l'humour, vous allez rire, beaucoup rire.

Car fort heureusement, l'écriture est à la hauteur de ce concentré de drôlerie. Ce qui n'est pas vraiment une surprise, Meg Rosoff étant une véritable auteur qui possédant un style littéraire (variable selon l'oeuvre et ce qu'elle cherche à produire). Ici, chaque phrase est soignée, légère et entièrement orientée vers l'humour. Les points de vue, adaptés selon chaque personnages, sont délicieusement décalés.

Seule petite déception, la fin : assez convenue et ne réservant guère de surprise, elle ne nous laisse qu'à moitié satisfait. Mais il faut dire que le roman tout entier n'ayant au fond ni queue ni tête, il était difficile d'achever sur une note d'une grande profondeur.

Dans l'ensemble, Au commencement il y avait Bob est une lecture que j'ai pris plaisir à lire de bout en bout. Elle m'a amusée de par son ironie grinçante et son humour permanent. Néanmoins, il ne faut pas le lire en y cherchant du sérieux ou de l'émotion : ce n'est pas ce que ce roman propose, d'où quelques mitigés sur le web. Mais pour ma part, j'ai adoré.

Note finale :
7/10