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22.01.2012

Ikebukuro West Gate Park II

Synopsis

"Quand je suis sur la même longueur d'ondes que les bruits de la rue, je deviens une partie de la ville, comme un caillou ou une feuille morte. C'est pas si mal de vivre tapi dans les tréfonds d'Ikebukuro, même sans argent, sans rêve, et sans fille. Qui attendrait d'un caillou qu'il se repente, et qui voudrait le transformer en diamant ?" Makoto a vingt ans et quand il ne tient pas un petit étal de fruits avec sa mère, il démêle les embrouilles de son quartier de Tôkyô et vient en aide aux mômes perdus d'Ikebukuro. "Oh, pas par grandeur d'âme. C'est juste que j'ai l'impression de me voir dans un miroir."

Avis

Ô joie, Ô bonheur suprême ! Après trois longues années durant lesquelles j'avais cessé d'espérer, le tome 2 d'Ikebukuro West Gate Park a enfin été traduit ! En le voyant à la librairie, j'en ai quasiment pleuré, je suis restée au moins cinq minutes à le contempler béatement... c'est dire XD. 
Petit rappel, le tome 1 présentait le quartier tôkyôïte d'Ikebukuro, pas sous ses aspects les plus reluisants. Un jeune garçon sans guère d'ambition, un peu voyou, au regard détaché et quasi je-m'en-foutiste, voyait rouge suite à l'assassinat d'une de ses amies et, se lançant à la recherche de son meurtrier, se découvrait un rare talent de "solutionneur d'embrouilles".Ikebukuro West Gate Park est une sorte de polar, il a même reçu un prix de littérature policière, mais ici la justice, la loi, les flics et la bonne morale appartiennent à un autre monde. 
Comme le premier tome, ce volume présente quatre histoires courtes, présentant chacune une affaire de Makoto. Les qualités littéraires restent fidèles à elles-mêmes, avec un ton plutôt familier, parfois cynique, mais aussi un regard incroyablement tolérant sur ceux que n'importe qui jugerait louches ou bizarres, anormaux. Ainsi défile toute une galerie de personnages criants de vérité, à commencer bien sûr par les amis habituels de Makoto (le chef de gang Takashi Andô, l'aspirant yakuza dit Le Singe, ou encore sa mère, un sacré numéro :s). A ceux-ci s'ajoutent les nouveaux protagonistes du livre ; je citerai tout d'abord le jeune Hiroki, un personnage que j'avais adoré dans le drama et qui est encore plus génial dans le roman : à 13 ans, il a au moins autant de TOCs que d'argent, et pourtant, à sa façon il est pourvu d'une intelligence subtile et d'un courage exemplaire. La deuxième histoire présente également un gamin attachant, une fille cette fois, menacée par les yakuzas qui cherchent à intimider sa mère afin de l'empêcher de se prostituer comme tout le monde (en gros, on va défendre une activité illégale au Japon par respect de la liberté de l'individu... un point de vue qui peut se défendre.) Les deux autres intrigues portent sur une production de faux billets et sur la résolution d'une affaire d'agressions sur SDF. 
Ces récits d'une soixantaine de pages chacun m'ont tous transportée, et une fois de plus j'ai adoré pénétrer dans cet univers caché, qui fonctionne à sa façon pas toujours propre mais possédant ses propres codes d'honneur à défendre. Et l'écriture d'Ira Ishida est vraiment incroyable, surtout dans ses incipits et ses conclusions, qu'il s'agissent des scénarii entiers ou du moindre paragraphe. La distance, le recul, l'auto-dérision sont dans chaque phrase ; mais ce qui m'a marquée et continuera toujours de me séduire dans cette oeuvre reste ce surprenant et inégalable message de tolérance porté par le personnage de Makoto, capable d'accepter quelqu'un comme Hiroki avec tant de naturel, de spontanéité et d'absence de jugement...

Note finale :
10/10