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22.01.2012

Shinobi

Synopsis

XVIIème siècle, dans un Japon finalement unifié, gouverné par le shogun Tokugawa Ieyasu. Voilà que le dilemme de la succession se pose au monarque : doit-il privilégier son fils aîné, Takechiyo, en vertu du droit d'aînesse ; ou assurer l'avenir du pays en faisant fi des lois et en plaçant au pouvoir son fils cadet, Kunichiyo, beaucoup plus compétent ? Pour l'aider à se décider, on lui suggère de placer le sort entre les mains des dieux, plus concrètement : faire s'affronter des adversaires qui représenteront les uns Takechiyo, les autres Kunichiyo. Et si ces personnes sont au nombre de dix dans chaque camp, s'il s'agit de ninjas aux capacités surnaturelles ancestrales, personne n'y trouvera rien à redire ! C'est ainsi que le seigneur fait appels aux clans de Kôga et d'Iga, qui se vouent une haine farouche depuis plus de quatre siècles, et lève leur pacte de non-agression afin qu'ils s'affrontent ! 
Douloureux coup du sort ! Car ces deux clans s'apprêtaient à sceller définitivement leur paix par le mariage de Gennosuke de Kôga, petit-fils du chef Danjô, avec Oboro d'Iga, petite-fille de la vénérable Ogen... Sans le savoir, le couple se retrouve ennemi, et la guerre a déjà commencé !

Avis

Fûtaro Yamada met en scène dans Shinobi des ninjas que la consanguinité a pourvus de pouvoirs surnaturels. Le monde des ninjas diffère notablement de celui des samouraïs : l'honneur, en particulier, est une notion qui leur est inconnue, et dans leur lutte féroce tous les coups sont permis : mensonges, trahisons, tromperies, séduction, pièges les plus abjects. En ce sens, l'ingéniosité qu'ils déploient retient l'attention, et leurs techniques fascinent, malgré le côté fantastique trop exacerbé, surtout que l'auteur tend à vouloir les expliquer rationnellement par des théories farfelues dont il aurait pu se dispenser. 
Son style, très visuel, hérite directement d'Eiji Yoshikawa avec la pierre et le sabre. Ainsi, on litShinobi comme on regarde une action rapide, avec maints détails où chaque mouvement trouve sa raison d'être et se révèle capable de décider du cours d'une vie, la sauvant ou l'abrégeant avant l'heure. Les machinations des uns se heurtent aux capacités des autres, et finalement c'est celui qui saura user au mieux de ses connaissances qui prendra l'avantage et arrachera la victoire. 
L'écriture de l'auteur est des plus correctes, mais rien de fracassant non plus. Elle offrira une distraction avantageuse, avec notamment des descriptions à même de mêler la magnificence et la laideur, mais ne marquera pourtant guère l'esprit. Ajoutons que l'aspect cinématique et les nombreux personnages peuvent rendre l'action confuse et qu'une certaine concentration vous sera demandée à la lecture. 
De ce côté, on peut penser que le manga adapté de ce roman, publié en 5 tomes sous le nomBasilisk, présente un avantage notable par rapport au livre puisqu'il possède, lui, le côté visuel dont ce dernier est cruellement dépourvu. D'autant plus qu'il est remarquablement adapté, aussi bien au niveau graphique qu'à celui de la mise en scène, et respecte le support d'origine au mouvement près ; les visages accordés aux différents shinobis permet alors de les identifier avec davantage d'aisance. 
Dans une autre catégorie, vous aurez peut-être entendu parler du film qui, dans le même temps, a été licencié en France par Kaze. Le film, quant à lui, diffère du roman d'une façon conséquente ; comme si les Japonais, eux, s'étaient rendu compte depuis longtemps qu'une véritable adaptation relève quasiment de l'impossible et, de longue date, préféraient la relecture à la simple transposition. Ainsi, tout est modifié : les personnages, les pouvoirs, les caractères divergent de la structure d'origine ; le scénario est remodelé et contient quelques incohérences, dissimulées par les enjeux politiques où l'accent est clairement orienté ailleurs ; enfin, le nombre de guerriers est divisé par deux. Cependant, même s'il ne ressemble pas du tout au livre, Shinobi le film demeure un remarquable objet visuel que l'on ne saurait vous déconseiller.

Note finale :
3/10