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22.01.2012

Harry Potter T7 - Harry Potter et les reliques de la mort

Synopsis

Cette année, Harry a dix-sept ans et ne retourne pas à Poudlard.
Avec Ron et Hermione, il se consacre à la dernière mission confiée par Dumbledore. Mais le Seigneur des Ténèbres règne en maître. Traqués, les trois fidèles amis sont contraints et la clandestinité. D'épreuves en révélations, le courage les choix et les sacrifices de Harry seront déterminants dans la lutte contre les forces du Mal. Avec le dénouement de l'héroïque histoire de Harry Potter, J.K. Rowling signe un chef-d'œuvre d'une grande humanité et d'une maîtrise incomparable.

Avis

Malgré les deux traditionnels articles de journaux en guise d'introduction, l'action est introduite rapidement et l'on voit immédiatement que le ton est clairement différent des fois précédentes ; en effet, presque de suite, le symbole de l'enfance innocente de Harry est brisé, démontrant que la phase finale de son destin est en route. 
Cependant, l'intrigue met quand même passablement de temps à démarrer, et durant une bonne partie du tome elle reste purement linéaire : tous les événements se déroulent l'un après l'autre, chaque aventure se conclut sur un 
« frôlage de drame » très thriller d'action à la Alex Rider, voire même à un moment une évasion massive qui semble terriblement clichée, et le suspens n'est pas si présent que ça. De plus, les premiers Horcruxes semblent leur tomber dessus, et au début ça peut paraître dérangeant mais on finira par en connaître la raison... 
En effet, on s'aperçoit au bout d'un moment, et surtout à la fin et les révélations d'un personnage que l'on n'attendait plus, que chaque événement s'imbrique parfaitement dans la logique finale d'une gigantesque machination. Dans ce tome, de nombreuses questions trouvent leur réponse, notamment le fameux mystère de la main brûlée de Dumbledore et celle de sa « violente dispute » avec Rogue, demeurés irrésolus dans le tome 6. 
En outre, que Harry ne retourne pas à Poudlard apporte un renouvellement des plus intéressants, qui rehausse l'attention du lecteur trop habitué à la description d'une année de cours entrecoupée de coups d'éclats avec les profs. Le voyage est plutôt détaillé mais – chose intéressante – il ne contient guère de longueurs, et pourtant ça aurait été si facile d'en abuser, on ne peut que féliciter JK Rowling à ce niveau-là. 
À signaler qu'en plus de la quête des Horcruxes, une seconde va faire son apparition et disputer la première place dans le cœur d'Harry. 
L'isolement du trio a cependant une conséquence : les personnages secondaires finissent évidemment par nous manquer ; heureusement, JKR ne les oublie pas et tente tant bien que mal de combler le vide en les citant à de nombreuses reprises. 
Le voyage est entrecoupé de révélations fracassantes et de réflexions sur Dumbledore. Même disparu, l'homme reste plus présent que jamais, même sans doute plus présent justement de par son absence. Il sera resté mystérieux jusqu'au bout, conservant jalousement tous ses secrets et ne parlant jamais de lui-même ; peut-on alors être sûr que son passé ne cache pas des zones d'ombres ? Le livre de Rita Skeeter a beau être un exemple de médisance, même elle ne saurait créer quelque chose à partir de rien... La confiance d'Harry en son ancien mentor pourra-t-elle résister aux doutes qui, lentement, prennent le dessus ? Au final, c'est une vérité inéluctable qui l'attend, et qu'il devra accepter. 
Parlons maintenant des personnages. Pas d'évolution fracassante pour la plupart d'entre eux (à l'exception d'un certain elfe de maison, qui change même trop), il y en a un qui se montre très décevant à un moment (je me suis même demandé deux secondes s'il était pas sous impérium...), mais sa prochaine apparition est si émouvante qu'on lui pardonne tout, même si la scène en question est trop rapidement décrite. Par contre, les sentiments de Ron et Hermione n'auront de cesse de s'amplifier avec le temps ; c'était perceptible depuis plusieurs tomes, ça l'est de plus en plus. Leur histoire est à mon sens très joliment narrée, avec subtilité et délicatesse, sans lourdeurs ou déclarations shakespeariennes à la Eragon.
Finalement, toute l'intrigue finit par converger vers un point central, au même moment. Ça devait bien arriver un jour ou l'autre, on s'y attendait, mais ça reste démentiel et tragique ; à plusieurs reprises, on pourra éprouver le sentiment de perdre un être cher qu'on aurait côtoyé de nombreuses années durant (n'est-ce pas le cas pour la plupart d'entre nous, après tout ?), ou qu'au contraire on aurait à peine connu mais pour cette raison justement, on en est tout autant bouleversé. 
On connaîtra enfin les motivations de Rogue et le plan final de Dumbledore, Harry devra prendre sa décision ! Évidemment, les théories de fans en avaient déjà deviné la plus grande partie mais JKR sera pourtant parvenue à nous surprendre jusqu'au bout, pour notre plus grand plaisir. 
Point noir cependant : le fameux épilogue montrant la vie des survivants 19 ans plus tard est bien trop court, et ne nous apprend rien sinon des trucs qu'on aurait devinés tous seuls tellement ils sont évidents. Il y manque une pléthore de personnages secondaires dont on aurait également aimé connaître le cheminement ; on espère ardemment que JK Rowling remédiera à ce manque dans son Encyclopédie (pas pour tout de suite cependant, l'auteur désirant maintenant faire une pause et on ne peut que la comprendre vu le stress médiatique qu'elle aura subi jusqu'au bout, et qui n'est sans doute pas fini).
Bref, toutes les questions ne trouvent pas leurs réponses mais chaque élément trouve sa place et restitue admirablement le tableau final. Une grande réussite. 
Je peux maintenant revoir ma position sur la série Harry Potter dans son intégralité. Jusqu'à présent, j'ai toujours soutenu que les tomes perdaient trop l'humour du début, mais je crois désormais que la série était construite pour commencer dans la légèreté et s'achever dans les thèmes les plus dramatiques ; en ce sens, elle me rappelle beaucoup le manga Tôkyô Babylon (avec heureusement une fin nettement moins désespérante). Sans doute était-ce prévu de longue date, et finalement JKR aura toujours été la plus forte ! De même, le tome 6, qui m'avait déçue, constituait indubitablement une gigantesque introduction à la meilleure conclusion possible. 
Chaque tome possède ses forces et ses faiblesses, avec des qualités de scénario et d'écriture variables, mais la série dans son intégralité demeure un best incontournable, qu'on ne peut pas ne pas connaître sans rater, quoi qu'on puisse en penser qualitativement parlant, un monstre de la littérature.

Note finale :
10/10